Le 3 septembre, Lignum Vaud a réuni les acteurs de la filière forêt-bois pour une nouvelle édition de son Séminaire Innovation Forêt-Bois.

Placée sous le thème « Rationalité dans la construction : plus de synergies, moins de doublons », la rencontre a questionné les conditions permettant de mieux valoriser le bois et de tirer parti de sa complémentarité avec d’autres matériaux. La journée s’est poursuivie au Théâtre du Jorat, avec une visite du bâtiment récemment transformé et la remise du Label Bois Suisse.

Créer les conditions permettant à la filière d’innover

L’innovation ne se limite pas à inventer de nouveaux produits. Elle suppose aussi de trouver et mettre en pratique de nouvelles solutions, d’adapter les savoir-faire, de créer des conditions-cadres favorables et de permettre aux connaissances et aux expériences de circuler. C’est notamment sous cet angle que Sylviane Gosteli a présenté le rôle du Canton de Vaud dans le développement de la filière forêt-bois.

La valorisation du bois indigène constitue l’un des axes de cette politique : développement des circuits courts, soutien à la première transformation, accompagnement des maîtres d’ouvrage ou encore recours au « propre bois » dans les constructions publiques.

Mais la disponibilité d’une ressource ne suffit pas : encore faut-il pouvoir la transformer et lui trouver les débouchés appropriés. La question concerne notamment les feuillus et invite la filière à développer de nouvelles solutions et de nouveaux usages

Sylviane Gosteli, Responsable de l’économie forestière et de la promotion du bois – Canton de Vaud, DGE Forêt

Iohannès Bry, Responsable innovation et veille économique – Canton de Vaud, SPEI

Donner aux entreprises les moyens de transformer et d’expérimenter

Cette réflexion s’est poursuivie avec Iohannès Bry, qui s’est intéressé aux conditions économiques nécessaires à l’innovation et à la durabilité de la filière.

Un enjeu central concerne la première transformation. Maintenir des capacités de sciage proches de la ressource et des entreprises de deuxième transformation permet de valoriser davantage le bois localement, de favoriser son utilisation en cascade et de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée dans la région. Dans ce contexte, un crédit d’investissement de 3,8 millions de francs est notamment consacré au soutien des infrastructures et équipements de première transformation.

Différents instruments permettent parallèlement d’accompagner les entreprises dans le développement de nouveaux produits, l’optimisation de leur production, la propriété intellectuelle, l’accès à de nouveaux marchés ou encore les projets collaboratifs liés à la durabilité.

Le message est clair : pour innover, il faut aussi donner aux entreprises les moyens d’investir, d’expérimenter et de transformer localement.

Le bois : un matériau ancestral en innovation permanente

Le bois est d’ailleurs un matériau fait de paradoxes : facile à travailler mais solide, biodégradable mais durable, ancestral mais moderne, combustible mais capable de présenter une bonne résistance au feu. Ces caractéristiques témoignent avant tout de sa grande polyvalence.

La préfabrication en constitue un bon exemple. Si ses origines dans la construction bois remontent à plusieurs siècles, les procédés n’ont cessé de progresser avec la mécanisation, la numérisation et aujourd’hui l’automatisation. Cette évolution touche toute la chaîne de valeur, de la forêt à la transformation et à la construction.

L’innovation contemporaine ouvre désormais de nouveaux champs : frugalité, réemploi, matériaux biosourcés, neutralité carbone, mixité des matériaux, synergies et circuits courts.

Autrement dit, un matériau utilisé depuis des siècles peut rester au cœur de l’innovation lorsque les produits, les outils et les manières de concevoir continuent d’évoluer.

Daniel Ingold, Directeur du Cedotec, ingénieur construction bois

Andrea Bernasconi

Professeur HES ordinaire à la HEIG-VD et responsable du groupe thématique de compétence Construction

Le bon matériau au bon endroit

Cette question de la mixité des matériaux était précisément au cœur de l’intervention d’Andrea Bernasconi.

La rationalité constructive ne consiste pas nécessairement à construire « tout en bois ». Elle invite plutôt à utiliser chaque matériau là où ses caractéristiques sont les plus pertinentes. Ainsi, dans certaines situations, maintenir le bois dans les zones sèches et recourir à d’autres matériaux au contact du terrain ou dans des zones exposées à l’humidité constitue une réponse rationnelle en matière de durabilité.

La recherche a parallèlement considérablement élargi la palette des matériaux bois disponibles. Du microlamellé aux produits en lamellé-collé de feuillus et au microlamellé de hêtre à hautes performances, les concepteurs disposent aujourd’hui de produits aux propriétés différentes, qu’il devient possible de combiner en fonction des besoins structurels.

Cette approche invite donc à dépasser l’opposition entre bois, béton ou acier au profit de solutions hybrides dans lesquelles les qualités des différents matériaux se complètent.

De la théorie au chantier : faire travailler les matériaux ensemble

Avec leur présentation consacrée aux projets mixtes bois-béton et bois-terre crue, Timothée Giorgis et Grégoire Vial ont confronté ces principes à la réalité des projets et des chantiers.

Leurs retours d’expérience montrent que la recherche de la bonne combinaison ne dépend pas uniquement des performances structurelles. Incendie, acoustique, inertie thermique, exigences sismiques, passage des installations techniques, tolérances de mise en œuvre ou encore volonté de laisser les matériaux apparents doivent être considérés simultanément.

Plusieurs réalisations illustrent les nombreuses configurations possibles : dalles collaborantes, CLT ou DLT associé au béton, planchers à solives et prédalles, parois mêlant charpente bois et béton ou encore structures combinant bois et acier.

La mixité s’étend aussi aux matériaux biosourcés et géosourcés. Un plancher test présenté lors du séminaire associe ainsi des solives en bois à des voûtains préfabriqués en blocs de terre comprimée (BTC). D’autres réalisations font intervenir de la terre apparente en BTC préfabriquée.

Ces exemples montrent surtout qu’il n’existe pas une solution unique. La rationalité naît de la capacité à choisir, combiner et concevoir correctement les matériaux et surtout leurs interfaces.

Timothée Giorgis, directeur fondateur, architecte EPFL FAS SIA – Giorgis Rodriguez Architectes

Grégoire Vial, directeur – Charpentes Vial SA

Innover, c’est aussi éviter les doublons

Au terme de ces interventions, un constat commun se dégage. L’innovation n’est pas forcément synonyme de davantage de technologie, de matériaux ou de complexité.

Elle peut au contraire consister à faire plus juste : employer le bon matériau au bon endroit, exploiter les qualités propres à chacun, mieux coordonner les acteurs et les compétences et capitaliser sur les expériences déjà réalisées.

Cette recherche de rationalité nécessite de créer des passerelles entre la politique publique, la recherche, la conception et la mise en œuvre. Le partage des retours d’expérience prend alors tout son sens : une solution éprouvée sur un projet peut devenir une connaissance utile à toute la filière.

Le Théâtre du Jorat reçoit le Label Bois Suisse

La seconde partie de la journée a permis aux participants de découvrir une réalisation concrète à l’occasion d’une visite du Théâtre du Jorat, récemment transformé.

La visite s’est conclue par la remise du Label Bois Suisse, décerné pour la structure porteuse et les façades de la restauration du théâtre, la démolition-reconstruction de l’annexe et la création d’un pavillon d’accueil.

Au total, 296,6 m³ de bois et dérivés du bois ont été mis en œuvre pour les éléments concernés par la labellisation. 83,1 % répondent aux critères du Label Bois Suisse, soit 246,33 m³.

Le projet a en outre fait l’objet d’une demande d’incitation financière à l’utilisation du bois vaudois, qui a été validée. 231,38 m³ de bois vaudois net ont ainsi été mis en œuvre dans le projet.

Le label a été remis par Yvan Pahud, président de Lignum Vaud, en présence de Christian Ramuz, président de la Fondation du Théâtre du Jorat, William Koch, Polyscope Ingénieurs, Bruno Glardon, bureau d’architecture FWD, ainsi que Kevin Aeberhard, Raphaël Dupuis et Alexandre Volet, du Groupe Volet.

Cette labellisation est venue apporter une conclusion très concrète aux réflexions de la journée : valoriser le bois suisse et vaudois passe à la fois par la ressource, les savoir-faire, les choix de conception et la capacité des différents acteurs d’un projet à travailler ensemble.

Faire circuler les connaissances pour faire progresser la filière

Ce Séminaire Innovation Forêt-Bois 2026 aura ainsi permis de regarder l’innovation à plusieurs échelles : conditions-cadres, soutien aux entreprises, évolution des techniques, recherche, choix des matériaux et retours d’expérience des concepteurs et constructeurs.

À travers ces différents regards, un même principe s’impose : la construction bois progresse lorsqu’elle s’inscrit dans une réflexion globale, capable de tirer parti des synergies plutôt que de multiplier les solutions et les doublons.

 

Lignum Vaud remercie chaleureusement les intervenants et les participants pour la qualité des échanges, ainsi que les partenaires ayant contribué à cette journée : le Canton de Vaud, le Théâtre du Jorat, le Cedotec et la Plateforme vaudoise du bois